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Blog d'actualités juridiques par Maître Thierry Vallat, avocat au Barreau de Paris (33 01 56 67 09 59) cabinet secondaire à Tallinn ISSN 2496-0837

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La condamnation pour diffamation d'un directeur de publication viole la liberté d'expression: l'arrêt Olafsson du 16 mars 2017

L'arrêt Olafsson c/ Islande rendu le 16 mars 2017 par la Cour européenne des droits de l’homme consacre la violation de la liberté d'expression d'un responsable de publication poursuivi pour diffamation.

Il a été ainsi reconnu que la condamnation pour diffamation de  Steingrímur Sævarr Ólafsson, responsable de publication au site de presse islandais Pressan avait violé son droit à la liberté d’expression

Ce journaliste avait publié des articles insinuant qu’un homme politique, qui se présentait à des élections, avait commis des actes de pédophilie.

Entre novembre 2010 et mai 2011, il publia en effet sur son site une série d’articles relatant des allégations selon lesquelles un homme politique local avait commis des actes pédophiles. Ces allégations provenaient de deux sœurs adultes ayant des liens familiaux avec le politicien. Au moment des premiers articles, ce dernier était candidat aux élections à l’Assemblée constituante qui devait être réunie peu de temps après. Les deux sœurs affirmaient qu’il leur avait fait subir des abus sexuels et qu’il n’était pas digne d’occuper une charge publique.

Un des articles litigieux avait indiqué que l’avocat de l'homme politique avait pris contact avec les sœurs pour leur proposer un règlement à l’amiable, à défaut duquel le politicien intenterait une action en diffamation contre elles. C’est en fait contre M. Ólafsson qu'il engagea une action en diffamation !

La Cour suprême islandaise jugea M. Ólafsson responsable de propos diffamatoires.

Devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), M. Ólafsson alléguait que cette décision avait emporté violation de son droit à la liberté d’expression.

Dans son arrêt de chambre rendu le 16 mars dernier (requête n° 58493/13), la CEDH a considéré qu’il y avait eu violation de l’article 10 (liberté d’expression) de la Convention européenne des droits de l’homme.

La Cour a jugé en particulier que la décision de déclarer M. Ólafsson responsable d’une diffamation n’était pas nécessaire dans une société démocratique, compte tenu des circonstances de l’affaire.

La personne visée par les allégations en question était candidate à une charge politique et aurait dû anticiper le contrôle du public.

Par ailleurs, les articles la concernant avaient été publiés de bonne foi, dans le respect des normes journalistiques habituelles, et avaient contribué à un débat d’intérêt public.

Si les allégations en cause étaient diffamatoires, elles avaient été formulées non pas par M. Ólafsson lui-même, mais par des tierces personnes.

Le candidat avait enfin choisi de ne pas poursuivre les personnes à l’origine des allégations et, ainsi, avait peut-être empêché M. Ólafsson d’établir qu’il avait agi de bonne foi et s’était assuré de la vérité des allégations. M. Ólafsson a été condamné à verser une indemnité ainsi que les frais et dépens.

Dans ces circonstances, la Cour suprême n’a pas ménagé un équilibre raisonnable entre les mesures ayant restreint la liberté d’expression de M. Ólafsson et le but légitime qu’est la protection de la réputation d’autrui.

Retrouvez la décision de la CEDH du 16 mars 2017 (en langue anglaise)

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